Vos étudiants cherchent leur alternance pour la rentrée prochaine, vos équipes relations entreprises travaillent à consolider leurs partenariats. Au même moment, les règles financières viennent de changer côté employeurs avec des conséquences directes sur leurs futurs recrutements.
Un projet de décret transmis à la commission compétente le 13 février 2026 prévoit de modifier en profondeur les aides versées aux employeurs.
Pour les établissements le signal est préoccupant : les aides chutent significativement et c’est votre stratégie de placement qui devra s’adapter.
Un contexte instable depuis le 1er janvier 2026
Les aides à l’apprentissage fonctionnent selon deux dispositifs : l’aide unique (inscrite dans le Code du travail) et l’aide exceptionnelle (reconduite chaque année par décret, depuis 2020). Cette dernière a expiré au 1er janvier 2026, faute d’adoption de la loi de finances dans les délais.
Résultat : depuis le début de l’année, les entreprises ne bénéficient d’aucune aide exceptionnelle pour les contrats d’apprentissage en cours de signature, créant une incertitude qui a pu freiner certaines décisions de recrutement. Le projet de décret actuellement en cours d’examen vient combler ce vide, avec des montants revus à la baisse qui pénalise majoritairement les niveaux de formation les plus élevés.
Une aide désormais modulée par niveau de diplôme
Jusqu’à présent, les montants variaient uniquement selon la taille de l’entreprise.
C’est terminé. Pour la première fois, le niveau de formation préparé par l’apprenti devient un critère de calcul de l’aide. Voici les montants prévus par le projet de décret :

Au total, le ministère du Travail estime que cette réforme représente près de 200 millions d’euros d’économies budgétaires pour 2026.
Ce que ça signifie concrètement pour vos partenariats
La baisse est particulièrement marquée pour les formations allant du Bac+3 et plus.
Pour une PME de moins de 250 salariés qui recrute un apprenti en Master, l’aide passe de 5 000 euros (montant en vigueur en 2025) à 2 000 euros — soit une chute de 3 000 euros, la plus forte baisse prévue par le texte. Pour les grandes entreprises accueillant un alternant en Licence ou Master, l’aide tombe à 750 euros — une somme quasi symbolique.
Concrètement, cela va peser dans les décisions de vos interlocuteurs RH, en particulier dans les PME et ETI. Ces structures, pour qui les aides représentaient un levier financier réel, vont probablement recalibrer leur stratégie d’alternance. Certaines pourraient se recentrer sur des profils BTS ou Bac Pro, nettement mieux aidés à 4 500 euros.
Pour les grandes entreprises, la réduction est moins susceptible de changer fondamentalement leur politique d’alternance, qui recrutent des Bac+5 pour des raisons stratégiques. Mais même dans ces structures, le contexte budgétaire global incitera à une sélection plus rigoureuse des profils.
D'autres changements opérationnels à connaître
Au-delà des montants, le projet de décret introduit des règles pratiques que vos équipes doivent maîtriser pour accompagner vos partenaires.
La proratisation de l’aide
L’aide n’est plus versée sous forme de forfait mensuel fixe sur 12 mois, elle est calculée au prorata des jours couverts par le contrat. En cas de rupture anticipée, elle cesse d’être versée dès le lendemain de la fin du contrat. Pour les employeurs, cela renforce l’enjeu d’un bon « matching » dès le départ.
Les obligations des grandes entreprises maintenues
Les structures de 250 salariés et plus restent soumises à un quota d’alternants dans leur effectif pour accéder à l’aide. Elles doivent justifier d’au moins 5 % de contrats d’alternance ou démontrer une progression d’au moins 10 % d’une année sur l’autre. Cette obligation les maintient dans une logique de volume.
Les délais à respecter
Le contrat doit être transmis par l’employeur à l’OPCO dans les six mois suivant sa conclusion. Pour les grandes entreprises, un engagement sur l’honneur doit être transmis à l’ASP dans les huit mois. Ces délais administratifs ont des impacts concrets sur les calendriers de signature.
Ce que cela implique pour votre stratégie
Informer vos entreprises partenaires
Beaucoup d’employeurs ne connaissent pas encore le détail de ces nouvelles dispositions. En prenant les devants pour les informer vous renforcez votre posture de partenaire de confiance, et non de simple fournisseur de CV.
Retravailler vos argumentaires de placement pour les niveaux 6 et 7
L’aide financière n’étant plus attractive pour ces niveaux, vous devez démontrer autrement la valeur d’un alternant en Licence ou Master : gain de temps, apport de compétences spécifiques, accès à des profils sélectionnés et préparés…
Diversifier votre portefeuille de partenaires
Si vos placements en alternance reposaient fortement sur des PME, il faut accélérer le développement de partenariats avec des ETI et des grandes entreprises, moins sensibles aux changements des aides, et soumises à des obligations de quota.
Anticiper les tensions sur certains secteurs
Dans les filières où PME et grandes entreprises coexistent sur les mêmes profils (commerce, gestion, communication, RH…), la concurrence entre établissements pour placer leurs étudiants va probablement s’intensifier. Les écoles qui auront le mieux préparé leurs étudiants auront un avantage concurrentiel réel.
En résumé : un marché de l'alternance qui se resserre pour les niveaux supérieurs
Le projet de décret sur les aides à l’apprentissage 2026 marque un tournant que les établissements supérieurs ne peuvent pas ignorer. La modulation par niveau de formation pénalise les formations dans leur attractivité financière pour les employeurs.
Ce n’est pas une remise en cause de l’alternance en formation supérieure. C’est un rééquilibrage qui demande aux écoles d’adapter leur discours, leurs partenariats et leur accompagnement. Les établissements qui anticipent ces évolutions et qui renforcent leur valeur ajoutée auprès des entreprises partenaires seront ceux qui maintiendront et amélioreront leurs taux de placement.
L’alternance reste un levier puissant d’insertion professionnelle et d’attractivité pour les écoles. Mais elle demande désormais une stratégie active, pas seulement un réseau existant.


